
D’abord, la semaine a plutot mal debute, avec une grosse crise de Juan David (le grand de 12 ans) pendant le cours d’anglais, pour une betise, mais qui a degenere et petit a petit s’est transforme en affaire d’etat, qui a valu aux quatre plus grands d’etre punis, prives de visite pendant les vacances, l’interdiction de participer au spectacle de fin d’annee, etc… Bref super ambiance… Ce qui m’a fait le plus de peine, c’est qu’avec Juan David, on ne s’est pas parle pendant 2 jours. Le 2eme soir, il a fini par venir me voir, pour s’excuser. Il etait tres peine de la situation. On est tombe dans les bras l’un de l’autre, en pleurant, et depuis on est redevenu les meilleurs amis du monde. Je l’aime beaucoup ; il a parfois des reactions tres violentes, il a une rage en lui qu’il ne sait pas controler, mais il a vraiment bon cœur, et surtout il a une conscience, cette petite voix interieure qui lui dit ce qui est bien et ce qui est mal ; j’essaie de l’encourager a l’ecouter, et il comprend tres bien ce que je lui dis. La semaine derniere, les grands se sont tous achete des pistolets en plastique, et depuis passaient leur temps a pointer leurs ‘armes’ sur tout le monde etc… Je leur ai dit que je detestais ce genre de jeux, qu’il y avait suffisamment de violence dans le monde, et en particulier en Colombie, pour en plus s’amuser a faire semblant de tuer des gens ; bien sur ils n’en n’ont rien eu a faire. Mais quelques jours plus tard, Juan David est venu me dire a l’oreille qu’il avait bien reflechi et qu’il avait decide de detruire son pistolet.
Le soir, il est toujours le dernier a s’endormir, et parfois je reste discuter avec lui, alors que tout le monde dort. Il m’enroule dans son couvre-lit, avec son nounours sur les genoux, et, plutot qu’un conte, il me demande de lui raconter l’histoire de ma vie. Je lui fais mes confidences, il voit que je lui fais confiance, et lui aussi se met a me raconter ce qui lui pese le plus sur le cœur, la mort de sa maman puis de son papa.
Mercredi, un etudiant en medecine qui fait une etude sur les enfants de Fundamor m’a fait passer un petit entretien, comme il l’avait fait avec les autres employes de l’institution. Les enfants ecoutaient a la porte, essayaient d’entrer dans la piece, etc… Quand je sors, Bleiner, tres irrite, me dit qu’il frappait a la porte car il avait quelque chose d’urgent a me dire. Tout fier, il sort de sa poche un petit paquet sur lequel il avait ecrit ‘Te quiero mucho’ et dans lequel il avait emballe une bague, a moitie rouillee ;-), une petite pince pour les cheveux et un petit nounours qui dit ‘I love you’ quand on lui serre le ventre. Trop mignon…
Jeudi matin, au moment de commencer le cours d’anglais, je m’apercois que Bleiner est absent. J’apprends qu’il a ete choisi pour etre interviewe a la radio, a l’occasion de la journee de lutte mondiale contre le sida ! Et le vendredi, ses propos sont recueillis pour un article dans la presse ! Et moi, trop fiere de lui… Je n’ai malheureusement pas pu ecouter l’emission, mais il m’a ensuite raconte qu’il avait dit qu’il y avait une volontaire francaise a Fundamor qui lui enseignait des chansons en francais etc... C’est donc pour moi le debut de la celebrite en Colombie ! En rentrant au foyer le vendredi soir, Bleiner se precipite a la cuisine ou j’etais en train de manger pour m’offrir un cadeau qu’il avait achete a Bogotá pendant son tour de star : un bracelet aux couleurs du drapeau colombien avec ecrit ‘Emanuel’, ainsi que 400 pesos (1 franc), quasiment toutes ses economies…
Le week-end dernier, j’avais decide de rester avec les enfants a Fundamor pour passer un peu plus de temps avec eux avant mon depart, mais j’ai quand-meme pu aller a La esperanza vendredi pour dire au revoir aux enfants de Como Pez en el Agua. Ils m’avaient prepare une magnifique surprise : quand je suis arrivee, ils se sont tous jetes sur moi en me lancant des serpentins et des ballons, puis ils ont tous chante, accompagnes par Paula a la guitare. Ils m’ont offert une carte geante sur laquelle chacun avait colle une petite figurine le representant avec son nom, et une guirlande de cœurs avec des petits mots de chacun dans les cœurs, trop mignon… J’ai en particulier adore le message d’une petite fille : ‘Emmanuelle est une princesse’ ;-) Adriana, une autre volontaire super sympa, a ecrit un conte sur mon experience en Colombie, tres emouvant. Bref, beaucoup d’emotions… Je sais que je n’ai pas beaucoup parle du projet Como Pez en el Agua depuis mon arrivee ; j’y ai passe beaucoup moins de temps qu’a Fundamor, et par consequent n’ai pas pu tout a fait m’y impliquer autant qu’aupres de mes petits du foyer. Mais vraiment c’est un projet magnifique ; avec tres peu de moyens, mais avec une chaleur, un amour sans limite, Paula et les autres volontaires aident tous ces enfants a grandir, en les soutenant au niveau scolaire bien sur, mais egalement en leur enseignant les valeurs fondamentales de respect, de solidarite, de tolerance.
Samedi matin, a Fundamor, Tatiana, Diana et Dayana me reveillent en mettant un petit mot sous ma porte, accompagne d’un bout de gateau a moitie mordu. De mon lit, j’observe les petits doigts qui poussent le paquet, j’entends les chuchotements, les rires etouffes ; je me leve tout doucement pour aller voir, elles apercoivent mes pieds sous la porte et s’enfuient en courant. Je retourne vite dans mon lit, elles reviennent sur la pointe des pieds pour voir si j’ai pris le paquet, et voyant qu’il est toujours en place, le poussent plus loin avec une regle, toujours pouffant de rire (voir photo). Trop drole…
Plus tard dans la journee, j’offre les portraits que j’ai dessines et encadres a Bleiner et Juan David. Tres emus, ils me fabriquent des etoiles en papier alu qui disent je t’aime, et joyeux noel. Ils sont egalement devenus mes fournisseurs officiels de peluches : ils ont maintenant ajoute a ma collection un lapin qui s’appelle Juan et qui tient dans ses bras un nounours nomme David, un autre petit lapin qui s’appelle Marixa, un petit chien qui s’appelle Manu, et un M&M’s rouge. Je vais devoir acheter une nouvelle valise pour emporter tout mes cadeaux…
Samedi soir, premiere sortie a Bogotá avec des jeunes (enfin, des gens de mon age quoi ;-) ) !! Paula et Adri m’emmenent dans un petit bar de La Candelaria, le quartier historique de la ville. Et pour la premiere fois depuis mon arrivee j’ai pu prendre une ‘boisson alcoolisee’ ! Des ptits mojitos bien sympatiques, ma foi.
Le lendemain, je revoie la famille de Paula, on se souvient des premiers jours de septembre, que j’avais passe en leur compagnie. C’est l’occasion d’evoquer tous ces moments cocasses qui ont emaille mon sejour avec les enfants :
* Melida qui se fait pipi a la culotte des qu’elle m’entend parler, tellement mon accent la fait rire, et qui m’explique qu’elle comprend que je ne sais pas parler, que c’est pas grave, qu’elle m’aime bien quand-meme ; * un soir, alors que tous les enfants sont couches, Felipe me voit passer dans le couloir par la porte entrouverte, et me demande en criant : ‘Manu, qu’est-ce que c’est se masturber ??’ ; * les travaux pratiques de lavage de dents avec les petits, l’occasion de retapisser la salle de bains de dentifrice ; *Brayan qui s’endort systematiquement pendant les cours d’anglais ; *les grandes filles qui me demandent, devant l’etudiant en medecine, si je le trouve beau ; *les petits qui chantent a tue-tete ‘Emmanuelle comme un soleil’ des qu’ils me voient…
Et durant mes sejours a La Esperanza, les anecdotes ne manquent pas non plus : *un petit qui me demande si je sais lire –pour lui dire l’enonce de ses devoirs du soir ; *Jordan qui m’appelle ‘bonjour’ (en francais) –il croit que c’est mon nom ; *Cesar qui m’entraine dans une danse endiablee…
Dimanche, Dora, la personne qui fait la cuisine a Fundamor, m’avait invitee a dejeuner chez elle a Subachoque, pour faire la connaissance de son mari et de son fils Diego, super mignon. Elle m’a prepare un ajiaco succulent (une specialite de Bogotá, une soupe a base de pommes de terre, avec mais, poulet, et avocat). Elle et son mari connaissent beaucoup de monde dans le village, et ils m’expliquent que beaucoup de gens ont regarde l’implantation de Fundamor d’un mauvais œil, que plusieurs personnes ont retire leurs enfants de l’ecole ou les enfants de Fundamor vont etudier l’annee prochaine… Ca ne m'etonne qu'a moitie, mais ca me tord le cœur de penser qu’ils vont sans doute souffrir un rejet supplementaire, a cause de ce virus avec lequel ils sont nes. Leur demenagement ici a deja ete suffisamment traumatisant, entrainant le depart des infirmieres, les visites moins frequentes des familles qui habitent loin, l’impossibilite de sortir de la fondation, la perte de leurs amis de l’ecole de Bogotá, etc…
Bref, moi je les aime, et ils vont drolement me manquer...
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